Le Plan Calcul était un programme gouvernemental français lancé en 1966 par le président Charles de Gaulle dans le but de promouvoir une industrie informatique nationale ou européenne et de soutenir la recherche et l'enseignement associés [1]. Ce plan ambitieux visait à réduire la dépendance de la France vis-à-vis de l'industrie informatique américaine, alors dominante, et à assurer l'indépendance technologique du pays [4].
Contexte et origines#
Le Plan Calcul a été approuvé en juillet 1966, suite à des événements qui ont alarmé le gouvernement français quant à sa dépendance envers les États-Unis dans le domaine informatique [1]. Deux facteurs principaux ont motivé cette initiative : le refus des États-Unis d'accorder des licences d'exportation pour des ordinateurs IBM et CDC au Commissariat à l'énergie atomique français, craignant que ces machines ne soient utilisées pour développer des armes nucléaires [1][2][3][4]. Parallèlement, en 1964, General Electric avait pris le contrôle de la Compagnie des Machines Bull, le plus grand constructeur informatique français et un acteur majeur en Europe [1]. Cette acquisition, surnommée "l'Affaire Bull", a conduit GE-Bull à abandonner deux ordinateurs Bull de sa gamme de produits [1][3]. Ces événements ont renforcé la conviction du gouvernement français de la nécessité d'une politique volontariste pour soutenir et développer une industrie informatique nationale [4].La responsabilité de la gestion du Plan Calcul a été confiée à une nouvelle agence gouvernementale, la Délégation générale à l'informatique, directement rattachée au Premier ministre [1][3].
Mise en œuvre et objectifs#
Le Plan Calcul visait à atteindre plusieurs objectifs clés :* Développer une industrie informatique française compétitive : Le plan prévoyait la création et le soutien d'entreprises nationales capables de concevoir, de fabriquer et de commercialiser des ordinateurs et des logiciels [4]. * Réduire la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis : L'objectif était de doter la France d'une capacité autonome en matière de technologies de l'information, réduisant ainsi sa vulnérabilité aux pressions politiques et économiques étrangères [4]. * Promouvoir la recherche et la formation en informatique : Le plan finançait des programmes de recherche et de développement dans les universités et les centres de recherche, ainsi que des initiatives de formation pour développer les compétences nécessaires à l'industrie informatique [1]. * Créer une "industrie européenne" pour la fabrication d'ordinateurs et de logiciels [4].
Pour atteindre ces objectifs, le Plan Calcul s'est articulé autour de plusieurs axes :
* La création de la Compagnie Internationale d'Informatique (CII) : Fondée en décembre 1966, la CII était une entreprise publique chargée de concevoir et de fabriquer des ordinateurs commerciaux et scientifiques [1]. Initialement, la CII a opéré sous licence de Scientific Data Systems (SDS) [1]. La CII devait être compétitive non seulement sur le marché du contrôle de processus et militaire, où son personnel était déjà expérimenté, mais aussi sur le marché de l'informatique de bureau [1]. * Le financement de projets de recherche et développement : Le Plan Calcul a soutenu financièrement de nombreux projets de recherche dans des domaines tels que les systèmes d'exploitation, les langages de programmation et les architectures d'ordinateurs [4]. * Le développement de la formation en informatique : Des programmes de formation ont été mis en place pour former des ingénieurs, des techniciens et des chercheurs en informatique [1]. * La promotion de l'utilisation de l'informatique dans les administrations publiques et les entreprises : Le Plan Calcul encourageait l'adoption de solutions informatiques françaises dans les secteurs public et privé [4].
Résultats et limites#
Le Plan Calcul a permis de réaliser certains progrès dans le développement de l'industrie informatique française. La CII a produit plusieurs gammes d'ordinateurs, tels que les CII 10000, qui ont rencontré un certain succès sur le marché français [1]. Le plan a également contribué à la formation de nombreux informaticiens et à la création d'un écosystème de recherche et développement [4].Cependant, le Plan Calcul a également été confronté à des difficultés et a atteint ses limites. La CII a eu du mal à rivaliser avec les géants américains de l'informatique, tels qu'IBM, en raison de son manque de ressources financières et de sa taille relativement modeste [1]. De plus, le Plan Calcul a été critiqué pour son approche trop centralisée et son manque de flexibilité [5].
En 1976, la CII a fusionné avec la filiale française de Honeywell pour former Honeywell-Bull [1]. Cette fusion a marqué la fin du Plan Calcul en tant que programme gouvernemental distinct.
